Nouvelle prise de position du bureau de l’Arelabor.

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre de l’Éducation Nationale, Chers collègues,

Le bureau de l’Arelabor a pris connaissance du compte-rendu de l’audience tenue au Ministère de l’Éducation Nationale le mardi 31 mars et regroupant des représentants des associations signataires de la pétition et 3 conseillers ministériels. Sans rentrer dans le détail de tous les éléments à notre disposition, et en rappelant que nous jugeons que nos positions ont été particulièrement bien défendues par nos représentants, nous ne pouvons que constater le mépris avec lequel l’état et ses représentants traitent les attentes légitimes de centaines de milliers d’élèves, de parents, de professeurs, et de citoyens simplement attentifs au sort de nos enseignements. Car loin d’être élitiste, la mobilisation actuellement en cours contre le sort réservé aux langues anciennes transcende les partis politiques tout comme les milieux sociaux, puisque des citoyens très divers venus des rangs de la droite comme de la gauche, de milieux aisés ou en difficulté signent massivement notre pétition.

Nous nous étonnons de ces attaques se présentant sous le masque honteux d’éléments de langage prétendant démocratiser nos enseignements, qui touchent un nombre considérable d’élèves (le latin restant la deuxième langue la plus enseignée en France, juste derrière l’anglais, et bien loin des accusations d’élitisme récurrentes). Elles nous semblent purement budgétaires et idéologiques contre ce qui permet aux élèves de s’ouvrir à des valeurs aussi importantes que celles de la démocratie, de l’esprit critique, de la tolérance et de l’unité sociale, tout comme à ce qui permet à chaque enfant de devenir un citoyen éclairé et mieux à même de comprendre et d’influer sur le monde de plus en plus sombre et complexe dans lequel il évolue. Nier cet apport culturel ne saurait qu’appauvrir un peu plus les capacités de réflexion et de recul de ces futurs citoyens, avec les résultats dramatiques que l’on connaît actuellement. Et ce n’est pas le saupoudrage annoncé qui permettra de s’en affranchir. Les témoignages reçus de nos anciens élèves notamment justifient également l’attachement que nous portons à des enseignements linguistiques conséquents, tant par la formation intellectuelle qu’ils entraînent que par la compréhension du français et des autres langues vivantes européennes qui en naît.

En effet, comment prétendre être préoccupé par le niveau des élèves en langues tout en réservant l’enseignement des mères des langues européennes à une petite élite ? Où est l’ambition d’une égalité de formation des citoyens lorsque l’état lui-même considère que tous les élèves n’ont pas à avoir accès à un enseignement sérieux de la langue latine mais à un vague apprentissage culturel et étymologique, alors même qu’aujourd’hui des horaires sérieux dans une formation cohérente n’opposent pas culture antique et étude des langues de l’antiquité, innovations technologiques et pédagogies nouvelles ? Par ailleurs, nous déplorons les dernières annonces survenues au moment même où nos représentants étaient reçus, annonces qui remettent totalement en cause les tentatives rassurantes des conseillers ministériels de nous faire croire à un progrès en lieu et place de la véritable régression culturelle à laquelle nous assistons. Ces méthodes semblent disqualifier le processus même de consultation annoncé par ces conseillers, puisqu’ils n’ont visiblement aucune prise sur la loi ou sur des textes déjà écrits et qui ne semblent pas devoir être modifiés, laissant un paysage scolaire d’une inégalité croissante, entre des élèves chanceux dont les établissements feront le choix, puisqu’ils en ont les moyens et le désir, du plus grand nombre d’enseignements possibles, et des élèves, les plus nombreux, à la merci des restrictions budgétaires et des choix de chefs d’établissement ou d’équipes qui ne jugeront pas forcément nécessaires de réduire l’écart entre les élèves de tous les collèges de France.

De le même manière, les annonces rassurantes de la Ministre au cours de son audition par la commission des affaires culturelles et éducatives de l’Assemblée Nationale ne peuvent que sembler pur mensonge au vu des derniers documents parus, et volonté manifeste de fausser le jugement tant de la représentativité nationale que des citoyens. C’est pourquoi nous tenons à rappeler notre attachement au financement fléché des enseignements de Langues et Cultures de l’Antiquité, obligeant ainsi les établissements à les assurer, contrairement à ce que prévoient les derniers textes annoncés.

Nous affirmons notre soutien à la position jusque-là prise par nos associations représentantes, et dont les propositions étaient claires et reflétaient un véritable souci de négociation, et une volonté réelle de s’inscrire dans la réforme. Mais nous remarquons que les derniers documents parus invalident totalement les assurances de Madame la Ministre, et nous ne pouvons que constater une nouvelle fois un double discours méprisant et dénué de toute honnêteté de sa part et de la part de ses représentants. En tenant compte de tous les enjeux induits par la réforme précipitée et non réfléchie qui nous est proposée, nous en venons comme la Cnarela à demander son retrait. Nous ne pouvons dès lors qu’appeler nos adhérents à poursuivre et à accentuer leur mobilisation, par tous les moyens légaux disponibles.

Le bureau de l’Arelabor.