Une position prise par le bureau de l’Arelabor

Chers collègues et amis,
A l’occasion de la rencontre au Ministère entre les responsables de la réforme et les associations signataires de la pétition (dont je vous rappelle le lien: https://secure.avaaz.org/fr/petition/Madame_la_Ministre_Latin_et_grec_ancien_pour_tous_les_eleves_dans_tous_les_etablissements/?mDZAljb ), et en sus de ce que nous avons déjà envoyé comme réactions, voici une position adoptée par le bureau de l’Arelabor.

Les membres du bureau de l’ARELABOR (Association Régionale des Enseignements de Langues Anciennes de l’Académie de Bordeaux) renouvellent leurs inquiétudes quant à ce qu’il va advenir dans les années prochaines des enseignements de latin et de grec, fortement touchés par la nouvelle réforme du collège. Nous rappelons notre attachement à un enseignement le plus généralisé possible de ces langues et cultures fondatrices des grandes cultures européennes et méditerranéennes, dans un souci d’égalité républicaine et de chances égales offertes à tous les élèves de France. Nous dénonçons depuis longtemps le raccourci trop vite fait entre élitisme et langues anciennes, tant nous vivons au quotidien l’hétérogénéité sociale, culturelle et géographique des élèves qui suivent ces enseignements. Nos collègues ont su depuis longtemps prendre le train des nouvelles technologies, diversifier leur enseignement, mettre en place de nouvelles pédagogies comme le rappelle leur participation régulière au Forum des Enseignants Innovants, ou le résultat des journées organisées par le Ministère lui-même sur le thème « Langues anciennes, mondes modernes ».

Nous avons certes entendu les dernières précisions émanant du Ministère, et le rétablissement partiel des heures d’option. Nous maintenons qu’elles ne sont pas suffisantes en l’état pour fournir un enseignement de qualité à tous. Nous refusons l’idée du saupoudrage, et préférerions une réelle découverte en sixième de ces langues et cultures, découverte prolongée les années suivantes par un enseignement de qualité avec des horaires suffisants, comme ceux actuellement en place, pour approfondir et élargir les visions culturelles, linguistiques, historiques, sociales et sociétales des élèves.  Nous demandons notamment à ce que ces horaires d’enseignements complémentaires ne figurent pas dans les 20 pour cent laissés à la merci des chefs d’établissement par le biais d’une supposée autonomie, mais dans la DHG du tronc commun. Nous connaissons chaque année trop de situations conflictuelles entre des équipes motivées et des chefs d’établissement désireux de se débarrasser de langues et cultures qui ne les intéressent pas et dont ils souhaitent récupérer le volume horaire, dans notre académie comme dans d’autres, pour ne pas craindre les problèmes que cette absence de vision nationale de nos enseignements va entraîner.

Si le retour aux horaires précédents s’avérait impossible, comme cela semble devoir être le cas pour des raisons aussi bien budgétaires qu’idéologiques, nous demandons alors, car nous n’avons rien contre l’esprit d’une réforme qui nous semble surtout pécher par l’absence de concertation et de réflexion qui s’en dégage:

– que l’EPI dédié aux langues anciennes soit obligatoire pour les élèves prenant une option langues anciennes tout au long de leurs trois années de cursus, et dérogatoire quant au nombre d’EPI suivis; nous accepterions bien entendu tous les autres élèves volontaires sur cet EPI;

– que cette heure d’EPI soit prioritairement confiée à des enseignants de langues anciennes partout où ils sont présents, ou sinon à un enseignant de lettres modernes motivé;

– qu’un programme clair et cohérent avec les attentes du lycée soit mis en oeuvre; nous restons attachés au tissu actuel de l’enseignement au moins du latin, dont nous connaissons l’efficacité, et favorables à un élargissement des collèges enseignant le grec;

– qu’une concertation efficace entre les collègues du lycée et des collèges soit mise en place au sein d’une même zone de recrutement scolaire.

Nous espérons sincèrement que ce n’est pas au détricotage massif et à la disparition programmée des Humanités en France que nous assistons actuellement.

Le Bureau de l’Arelabor.