Une lettre d’amour aux langues anciennes.

Lors de la remise des prix des concours régionaux de l’Arelabor tenue le 20 mai 2015 à l’hôtel de Poissac en présence de M. Le Recteur, 4 élèves ont tenu à faire la déclaration suivantes qu’elles nous ont autorisés à rediffuser. Grâce leur en soit rendue!

« Nous aimerions profiter de notre présence ici pour dire quelques mots, au nom des élèves latinistes et hellénistes de notre lycée. Le climat actuel est plutôt défavorable à l’enseignement des langues anciennes – nous pensons notamment à la nouvelle réforme du collège, qui supprimerait l’enseignement optionnel du latin et du grec, mais aussi au peu de publicité qui est faite autour du contenu de ces options. Aussi nous a-t-il paru capital de défendre ces matières, en témoignant de l’importance qu’elles revêtent à nos yeux, non seulement pour toutes les connaissances mais aussi pour l’enrichissement personnel qu’elles nous apportent ; et en expliquant pourquoi il nous semble impératif de les enseigner dès le collège.

Les cours de latin sont souvent considérés comme les heures qui rallongent les journées, durant lesquelles on bredouille des mots qui finissent par « um », en cherchant dans des livres poussiéreux… Cependant, même s’il est vrai que ces cours sont systématiquement relégués aux horaires dont personne ne veut, ce sont des bouffées d’air nouveau, des fenêtres ouvertes sur une infinité de choses à découvrir.

En circulant parmi les élèves pour leur demander ce que les langues anciennes leur apportaient, nous avons obtenu une multitude de réponses, qui témoignent de la richesse de ces enseignements : que ce soit des connaissances historiques, littéraires, étymologiques… elles donnent une vraie culture générale, et tissent des liens avec les autres matières, en plus de nous apprendre les origines de notre langue et de notre culture. Mais elles forment aussi un véritable esprit d’analyse, en habituant à une rigueur dans l’application des méthodologies ; elles aident donc autant à acquérir des méthodes de travail efficaces, qu’à trouver des accroches pour une dissertation, à progresser en espagnol ou à comprendre des mots de notre propre langue.

Mais, loin de se résumer à un gain de compétences scolaires, les Humanités participent à la construction de l’individu qui les étudie. Et dans une époque où nous sommes immergés dans un océan d’informations, d’images et de publicités, il est indispensable de pouvoir comprendre ce monde. Cela peut sembler paradoxal, mais se plonger dans l’étude des textes antiques aide à accéder à cette compréhension ; et à explorer des parts intemporelles, universelles, du fonctionnement humain.

Enfin, faut-il négliger de parler du plaisir que nous trouvons à nous rendre à ces cours ? Alors que je demandais à une élève de ma classe ce que lui apportait l’étude du latin, elle s’est trouvée prise au dépourvu et a souri comme si je lui avais posé une question absurde : « parce que j’adore ça, tout simplement ! » a-t-elle répondu.

Pour ceux qui n’auraient jamais fréquenté une classe de langues anciennes, il peut être en effet difficile de s’imaginer à quoi cela ressemble : généralement en petit groupe réuni autour d’un professeur passionné et bienveillant, c’est un cours où l’entraide et la bonne humeur sont souvent au rendez-vous. S’y retrouvent des élèves de toutes les filières, de tous les niveaux, avec des projets d’études très variés ; et parmi tous nos camarades que nous avons interrogés, nous n’en avons d’ailleurs pas trouvé un seul qui y ressente un climat élitiste ; c’est, au contraire, un cours où, bien souvent, nous ne « comprenons pas » tous ensemble.

Même si la grammaire grecque ou latine peut être effrayante, avec ses tableaux à connaître par cœur et ses règles dans lesquelles la moitié des mots sont des exceptions, le contenu des cours est, lui aussi, très varié et ne se résume pas à de la traduction et des déclinaisons : nous étudions l’histoire, par le biais de textes, de films, d’œuvres d’art, de visites culturelles ; nous lisons des textes traduits, comme l’Iliade et l’Odyssée, qui demeurent d’inépuisables sources d’inspiration aujourd’hui encore ; bien sûr il y a de la grammaire aussi, des déclinaisons, de l’étymologie, mais abordée au fur et à mesure, et illustrée par les textes que nous traduisons… et que nous sommes tout à fait capables d’apprendre !

Sans oublier que les trois années de collège permettent de répartir l’apprentissage de la grammaire, et d’initier petit à petit à l’univers gréco-latin, à travers une grande part de civilisation.

Voilà ce que représentent pour nous le latin et le grec : comment imaginer priver les futurs collégiens d’une telle chance de s’instruire, de se construire, de comprendre, de donner du sens à ce qu’ils apprennent en créant des ponts entre les matières? Car la pluridisciplinarité qu’on aimerait installer, n’est-elle pas déjà présente dans les Humanités ? Ces dernières ne nous apprennent-elles pas l’histoire, de la littérature, l’histoire de l’art, des civilisation, des langues, enfin notre propre histoire ? »

Corazza Lola, Chaumond Laurine, Nadiradze Elisa, Ruher Julie.

Au nom des élèves héllénistes et latinistes du lycée Bertran de Born à Périgueux.

Défense et illustration des enseignements de langues anciennes

Chers collègues,

ci-dessous une invitation à rejoindre une action expliquée par son modérateur. Valete!

Chers collègues,

À plusieurs reprises, Mme la Ministre a expliqué aux médias que, grâce à sa réforme, les professeurs de langues anciennes allaient enfin faire autre chose que des déclinaisons.On pourra voir sur ce manifeste une vidéo compilant ses interventions dans ce sens.
Mais cette « pétition illustrée » ne permet pas seulement de réagir au ton du mépris. Il s’agit de renseigner Mme la Ministre sur ce qu’est notre enseignement, sur ce que nous faisons, puisqu’elle n’a manifestement pas lu les programmes actuels.
Le manifeste sera aussi envoyé aux médias, afin que les journalistes comprennent mieux pourquoi la colère gronde, et pour qu’ils soient mieux renseignés lorsqu’ils interviewent la Ministre.
Rendez-vous sur cette page. Prenez quelques minutes pour y contribuer, et diffusez largement !
Didier Jodin
Professeur de Lettres Classiques dans l’Académie de Strasbourg,
« modérateur » du manifeste.

Bilan de la semaine agitée…

Les annonces et les prises de position se succèdent, et il nous semble utile de faire un petit rappel de certains évènements survenus cette semaine.

Nous avons noté avec intérêt les prises de position des députés de droite et de l’UDI, demandant l’abrogation d’une réforme qui vise au nivellement par le bas de tout le système du collège. Cette position est partagée notamment par Julien Dray (http://www.rtl.fr/actu/politique/reforme-des-colleges-julien-dray-estime-sur-rtl-qu-il-faut-reprendre-la-reforme-de-najat-vallaud-belkacem-7778193080), par Jack Lang, qui relève le véritable massacre de la culture opéré par cette réforme (http://www.franceinter.fr/emission-le-79-jack-lang-1) mais aussi par François Bayrou dimanche matin (http://www.leparisien.fr/politique/bayrou-pilonne-la-reforme-du-college-une-demolition-10-05-2015-4760733.php, et http://www.franceinter.fr/emission-tous-politiques-francois-bayrou-la-reforme-de-lecole-va-entrainer-linegalitarisme-le-plus-a), sans parler pour l’anecdote du néo-pléiadisé ​d’O​rmesson (http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/05/08/31003-20150508ARTFIG00232-jean-d-ormesson-lettre-ouverte-au-president-de-la-republique-et-aux-attila-de-l-education.php). Des intellectuels de tous ordres, de M. Le Goff à M. Bruckner, en passant par d’anciens recteurs, font plus que s’alarmer… Nous espérons que ​d’autres voix de gauche se joindront à ces protestations (Mme royal a également manifesté ses inquiétudes: http://www.francetvinfo.fr/societe/education/reforme-du-college/la-contestation-monte-contre-la-reforme-du-college_896757.html), et  nous vous demandons vraiment de contacter les politiques de l’Académie pour leur demander d’exprimer leur point de vue.

Soutenue par le ​Premier ​Ministre, la ​M​inistre de l’éducation multiplie les provocations et les insultes : incapables de faire aimer nos matières, nous sommes de plus de mauvais profs qui les réservons à une élite, à qui, au mépris des programmes existants, nous nous contentons de  » faire juste des déclinaisons aux élèves » (4 occurrences cette semaine de ces propos…). Loys Bonod a commencé à reprendre certaines de ces déclarations blessantes ici: http://www.marianne.net/luttedesclasses/ministre-les-langues-anciennes-mots-qui-blessent-100233356.html. Nous sommes de plus menteurs, propageons des contre-vérités​, quand nous nous contentons de reprendre les discours ministériels pour dire nos inquiétudes… Le ​P​remier ​M​inistre lui-même​, lors des questions au gouvernement du mardi 5​, accuse les opposants à la réforme de « défendre une nostalgie de la France du passé », alors qu’eux « regardent vers l’avenir » (http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2014-2015/20150221.asp#P519187).

Enfin, que penser d’une ​M​inistre qui détourne volontairement la vérité devant la représentation nationale en prétendant que : « le latin et le grec vous paraissent absolument fondamentaux : ils le sont pour nous aussi, et c’est la raison pour laquelle nous les offrons à tous les collégiens et pas seulement à 20 % d’entre eux. » (http://www.assemblee-nationale.fr/14/cri/2014-2015/20150221.asp#P519487).
Simple rappel: les éléments de latin saupoudrés en français sont déjà prévus dans les programmes actuels, tout comme les récits antiques en 6e ou la tragédie classique en 3e, entre autres choses. Quant à l’option latin, elle est de droit proposée à tous les élèves, contrairement à des ​E.P.I.​ ou des enseignements complémentaires qui dépendront de chaque établissement puisqu’aucune heure ne leur est prévue ( et pour cause ! selon cette réforme nos matières ne sont plus des disciplines…).

Les choses allant de mal en pis, voici plus bas le dessin que cette même ministre a fait circuler au nom du gouvernement sur les réseaux sociaux (vous noterez comment nous sommes perçus…) https://twitter.com/gouvernementFR/status/596385229574688768/photo/1.

Nous voulons rappeler que cette réforme va également très rapidement impacter le lycée, et l’enseignement supérieur: comment recruter des élèves quand ils n’auront jamais été sensibilisés véritablement aux langues anciennes?

Nous ne pouvons que vous encourager à vous manifester, notamment sur les réseaux sociaux, à déconstruire cette désinformation et ces mensonges, à manifester votre colère et votre désapprobation devant cette réforme mais aussi devant la manière dont nous, enseignants, sommes traités par notre ministre. Tous les détournements sont les bienvenus, et nous ne saurions trop vous rappeler qu’une grève est prévue le 19, pour laquelle nous vous proposerons cette semaine des modalités de visibilité.
Merci également de nous faire part de toutes vos suggestions d’action, de réactions, etc…

Sursa cordum! Valete!​
Pour les présidents et le vice-président,
Sébastien Rajah.
​Le dessin de la pauvre Louison dont nous préférons décidément le travail dans Les Matins de France Culture:
Réforme

Une défense en latin des langues anciennes : la tribune de M. Jacques Dalès.

Lors de la manifestation du 09 Avril, Jacques Dalès, fondateur de l’université d’été de Dax, agrégé de grammaire, docteur ès Lettres, écrivain, artiste, et éminent membre de notre association, a tenu un discours en latin sur les marches du Grand Théâtre, à Bordeaux, sous le regard des Muses. Merci à lui pour ce beau discours et pour l’autorisation qu’il nous donne de le diffuser. A afficher peut-être un peu partout…

 Ut  usus  docendi pueros  graeca et latina  in scholis permaneat

 For conserving the  teaching of greek and latin in secondary schools

 Pour le maintien de l’enseignement du grec et du latin dans les collèges

– « Un pays dans lequel un enfant ne lit pas le soir une page de grec ancien dans le texte  est un pays perdu », Anatole France.

                                                   Aestimati et aestimatae collegae,

Nam commilitones dicere non ausim etsi proeliun contra nos  dimicant stulti aliqui  qui   mortem nostram expetunt.

NHPIOI ! ut dicit Homerus, stulti ! PATON autem NHPIOS EGNO  dicunt Graeci ; Re vera Illi noscent qui sumus cum patientur ! Quid enim volunt ? Ut omnes  discipulorum vires ad viam aurum quaerendi vergant ? Non est istud educatio.  Jam ei apium dimidiam partem in orbe terrarum venenis occiderunt ,corporibus nostris perniciem molientes. Sed nos, nos dico, apes sumus quae in  juvenum mentem pollina scientiae et sapientiae ad vitam beatam et bene ornatam infundimus. Occidere quoque nos convenit?   O VIrgilius amice, insani ! O Cicero frater « qua tempora  sunt haec! Quae mores ! ».

Pollina illa nostra  perpaucorum  ornamentum  olere dicunt ; ergo nos qui compluribus  proponimus THANATEUEIN  PREPEI .         Quod longe secus est !

Omnibus pueris ea infundimus ut fundamenta nostrae humanitatis ad bene vivendum ( ita ut aliquo die quicumque eorum aequare possit magnos et magnas  Galliae nostrae ut Montaigne, Montesquieu, Mauriac, Marguerite de Navarre, Madame de Lafayette, Madame de Romilly….., qui omnes litteris antiquis imbuti fuerunt). Nam Illa studia ad utilitaem omnium et honorem nationis nostrae vergunt.

Nos perpaucis chrematis dotati magnificum laborem facientes ad educandos alumnos indignum est tolli  ut  perniciosam  viam quam scimus esse sacrae famis auri (  felicem et prosperam  ex eorum opinione/ re vera  ad catastrophem ducentem) posthac ingrediantur.

Illi insidiatores vultum humanum nobis praebent cum ad colloquium admittunt,sed, ut in Sallustio, aliquod in vultu, aliquod in corde occultum habent; malum illis praesagium.

Nos non anglico aut arabico aut sinico sermone sumus inimici, magni quoque cultus vectoribus, sed  juventus  antiquae humanitatis nostrae  pollinibus  ne orbata sit  volumus  ita ut   dignitas nostra intacta permaneat .

Jacques  Dalès, relu le 14/04/15.

Un dessin d’actualité…

Terninus Latinus, par Jean-Luc Païta

Un grand merci à Jean-luc Païta pour ce dessin qu’il nous autorise à rediffuser…
Seules contraintes:
– que son nom soit cité
– que le dessin ne soit pas modifié
– qu’on lui envoie un lien vers les pages où il sera présenté.
Voilà!

SR

Le 09 Avril, tous en gilet jaune, retrouvons-nous pour défendre nos enseignements.

Chers collègues,
Le compte rendu de la CNARELA sur l’audience au MENSR que nous vous avons fait parvenir il y a quelques jours nous inquiète et nous scandalise autant que vous. Les dernières annonces liées à la réforme du collège semblent même aller dans le sens inverse des promesse du ministère sur le maintien des horaires disciplinaires en latin et en grec. Quant aux enseignements complémentaires, ils n’apparaissent même plus dans les dernières grilles horaires ! Enfin, rappelons que le maintien de nos enseignements ne dépendra de toutes façons plus qu’au bon vouloir du conseil pédagogique, sur une enveloppe horaire limitée à 20 pour cent de la DHG pour tous les EPI et les projets de l’établissement !
Retrouvons-nous  le 09 Avril à Bordeaux, à 10H30 au grand théâtre, pour manifester ensemble contre une réforme inique qui tuera le latin et le grec au collège (bientôt… au lycée?). Nous devons faire entendre nos inquiétudes et notre attachement à l’enseignement de nos disciplines. Nous devons nous rendre visibles. Pour cela, mettez un beau gilet jaune (celui de votre voiture) et n’hésitez pas à y attacher l’un des dessins  de Ström ci-joints: strom1 strom2 strom3
Montrons que nous sommes là (dans un joli jaune criard).
A jeudi.
Le bureau de l’ ARELABOR

Nouvelle prise de position du bureau de l’Arelabor.

Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre de l’Éducation Nationale, Chers collègues,

Le bureau de l’Arelabor a pris connaissance du compte-rendu de l’audience tenue au Ministère de l’Éducation Nationale le mardi 31 mars et regroupant des représentants des associations signataires de la pétition et 3 conseillers ministériels. Sans rentrer dans le détail de tous les éléments à notre disposition, et en rappelant que nous jugeons que nos positions ont été particulièrement bien défendues par nos représentants, nous ne pouvons que constater le mépris avec lequel l’état et ses représentants traitent les attentes légitimes de centaines de milliers d’élèves, de parents, de professeurs, et de citoyens simplement attentifs au sort de nos enseignements. Car loin d’être élitiste, la mobilisation actuellement en cours contre le sort réservé aux langues anciennes transcende les partis politiques tout comme les milieux sociaux, puisque des citoyens très divers venus des rangs de la droite comme de la gauche, de milieux aisés ou en difficulté signent massivement notre pétition.

Nous nous étonnons de ces attaques se présentant sous le masque honteux d’éléments de langage prétendant démocratiser nos enseignements, qui touchent un nombre considérable d’élèves (le latin restant la deuxième langue la plus enseignée en France, juste derrière l’anglais, et bien loin des accusations d’élitisme récurrentes). Elles nous semblent purement budgétaires et idéologiques contre ce qui permet aux élèves de s’ouvrir à des valeurs aussi importantes que celles de la démocratie, de l’esprit critique, de la tolérance et de l’unité sociale, tout comme à ce qui permet à chaque enfant de devenir un citoyen éclairé et mieux à même de comprendre et d’influer sur le monde de plus en plus sombre et complexe dans lequel il évolue. Nier cet apport culturel ne saurait qu’appauvrir un peu plus les capacités de réflexion et de recul de ces futurs citoyens, avec les résultats dramatiques que l’on connaît actuellement. Et ce n’est pas le saupoudrage annoncé qui permettra de s’en affranchir. Les témoignages reçus de nos anciens élèves notamment justifient également l’attachement que nous portons à des enseignements linguistiques conséquents, tant par la formation intellectuelle qu’ils entraînent que par la compréhension du français et des autres langues vivantes européennes qui en naît.

En effet, comment prétendre être préoccupé par le niveau des élèves en langues tout en réservant l’enseignement des mères des langues européennes à une petite élite ? Où est l’ambition d’une égalité de formation des citoyens lorsque l’état lui-même considère que tous les élèves n’ont pas à avoir accès à un enseignement sérieux de la langue latine mais à un vague apprentissage culturel et étymologique, alors même qu’aujourd’hui des horaires sérieux dans une formation cohérente n’opposent pas culture antique et étude des langues de l’antiquité, innovations technologiques et pédagogies nouvelles ? Par ailleurs, nous déplorons les dernières annonces survenues au moment même où nos représentants étaient reçus, annonces qui remettent totalement en cause les tentatives rassurantes des conseillers ministériels de nous faire croire à un progrès en lieu et place de la véritable régression culturelle à laquelle nous assistons. Ces méthodes semblent disqualifier le processus même de consultation annoncé par ces conseillers, puisqu’ils n’ont visiblement aucune prise sur la loi ou sur des textes déjà écrits et qui ne semblent pas devoir être modifiés, laissant un paysage scolaire d’une inégalité croissante, entre des élèves chanceux dont les établissements feront le choix, puisqu’ils en ont les moyens et le désir, du plus grand nombre d’enseignements possibles, et des élèves, les plus nombreux, à la merci des restrictions budgétaires et des choix de chefs d’établissement ou d’équipes qui ne jugeront pas forcément nécessaires de réduire l’écart entre les élèves de tous les collèges de France.

De le même manière, les annonces rassurantes de la Ministre au cours de son audition par la commission des affaires culturelles et éducatives de l’Assemblée Nationale ne peuvent que sembler pur mensonge au vu des derniers documents parus, et volonté manifeste de fausser le jugement tant de la représentativité nationale que des citoyens. C’est pourquoi nous tenons à rappeler notre attachement au financement fléché des enseignements de Langues et Cultures de l’Antiquité, obligeant ainsi les établissements à les assurer, contrairement à ce que prévoient les derniers textes annoncés.

Nous affirmons notre soutien à la position jusque-là prise par nos associations représentantes, et dont les propositions étaient claires et reflétaient un véritable souci de négociation, et une volonté réelle de s’inscrire dans la réforme. Mais nous remarquons que les derniers documents parus invalident totalement les assurances de Madame la Ministre, et nous ne pouvons que constater une nouvelle fois un double discours méprisant et dénué de toute honnêteté de sa part et de la part de ses représentants. En tenant compte de tous les enjeux induits par la réforme précipitée et non réfléchie qui nous est proposée, nous en venons comme la Cnarela à demander son retrait. Nous ne pouvons dès lors qu’appeler nos adhérents à poursuivre et à accentuer leur mobilisation, par tous les moyens légaux disponibles.

Le bureau de l’Arelabor.

Grève et manifestations du jeudi 9 avril.

Chers collègues,
Une grève est prévue dans l’Education Nationale jeudi 9 avril, dont l’un des appels vise au retrait du projet de réforme du collège. Certains d’entre vous nous ont demandé pourquoi nous ne relayons pas cet appel lancé par l’intersyndicale composée des organisations SNFOLC, SNETAA FO, CGT Educ’action, SUD Education, SNES FSU, SNEP FSU et SNUEP FSU.

Nous tenons à vous rappeler que nous ne sommes pas une organisation syndicale, mais une association. Nous ne pouvons donc pas appeler directement à la grève.

Nous proposons cependant aux collègues qui y participeront à Bordeaux de se retrouver à 10H30 sur les marches du Grand Théâtre, puisque le parcours partira des Allées de Tourny. Puissent-ils faire preuve d’imagination dans leurs affiches, étendards, banderoles!
Si vous avez des propositions de rendez-vous dans les autres villes aquitaines où se tiendront des manifestations, n’hésitez pas à nous les transmettre, nous les relayerons.

Sursum corda!

Une position prise par le bureau de l’Arelabor

Chers collègues et amis,
A l’occasion de la rencontre au Ministère entre les responsables de la réforme et les associations signataires de la pétition (dont je vous rappelle le lien: https://secure.avaaz.org/fr/petition/Madame_la_Ministre_Latin_et_grec_ancien_pour_tous_les_eleves_dans_tous_les_etablissements/?mDZAljb ), et en sus de ce que nous avons déjà envoyé comme réactions, voici une position adoptée par le bureau de l’Arelabor.

Les membres du bureau de l’ARELABOR (Association Régionale des Enseignements de Langues Anciennes de l’Académie de Bordeaux) renouvellent leurs inquiétudes quant à ce qu’il va advenir dans les années prochaines des enseignements de latin et de grec, fortement touchés par la nouvelle réforme du collège. Nous rappelons notre attachement à un enseignement le plus généralisé possible de ces langues et cultures fondatrices des grandes cultures européennes et méditerranéennes, dans un souci d’égalité républicaine et de chances égales offertes à tous les élèves de France. Nous dénonçons depuis longtemps le raccourci trop vite fait entre élitisme et langues anciennes, tant nous vivons au quotidien l’hétérogénéité sociale, culturelle et géographique des élèves qui suivent ces enseignements. Nos collègues ont su depuis longtemps prendre le train des nouvelles technologies, diversifier leur enseignement, mettre en place de nouvelles pédagogies comme le rappelle leur participation régulière au Forum des Enseignants Innovants, ou le résultat des journées organisées par le Ministère lui-même sur le thème « Langues anciennes, mondes modernes ».

Nous avons certes entendu les dernières précisions émanant du Ministère, et le rétablissement partiel des heures d’option. Nous maintenons qu’elles ne sont pas suffisantes en l’état pour fournir un enseignement de qualité à tous. Nous refusons l’idée du saupoudrage, et préférerions une réelle découverte en sixième de ces langues et cultures, découverte prolongée les années suivantes par un enseignement de qualité avec des horaires suffisants, comme ceux actuellement en place, pour approfondir et élargir les visions culturelles, linguistiques, historiques, sociales et sociétales des élèves.  Nous demandons notamment à ce que ces horaires d’enseignements complémentaires ne figurent pas dans les 20 pour cent laissés à la merci des chefs d’établissement par le biais d’une supposée autonomie, mais dans la DHG du tronc commun. Nous connaissons chaque année trop de situations conflictuelles entre des équipes motivées et des chefs d’établissement désireux de se débarrasser de langues et cultures qui ne les intéressent pas et dont ils souhaitent récupérer le volume horaire, dans notre académie comme dans d’autres, pour ne pas craindre les problèmes que cette absence de vision nationale de nos enseignements va entraîner.

Si le retour aux horaires précédents s’avérait impossible, comme cela semble devoir être le cas pour des raisons aussi bien budgétaires qu’idéologiques, nous demandons alors, car nous n’avons rien contre l’esprit d’une réforme qui nous semble surtout pécher par l’absence de concertation et de réflexion qui s’en dégage:

– que l’EPI dédié aux langues anciennes soit obligatoire pour les élèves prenant une option langues anciennes tout au long de leurs trois années de cursus, et dérogatoire quant au nombre d’EPI suivis; nous accepterions bien entendu tous les autres élèves volontaires sur cet EPI;

– que cette heure d’EPI soit prioritairement confiée à des enseignants de langues anciennes partout où ils sont présents, ou sinon à un enseignant de lettres modernes motivé;

– qu’un programme clair et cohérent avec les attentes du lycée soit mis en oeuvre; nous restons attachés au tissu actuel de l’enseignement au moins du latin, dont nous connaissons l’efficacité, et favorables à un élargissement des collèges enseignant le grec;

– qu’une concertation efficace entre les collègues du lycée et des collèges soit mise en place au sein d’une même zone de recrutement scolaire.

Nous espérons sincèrement que ce n’est pas au détricotage massif et à la disparition programmée des Humanités en France que nous assistons actuellement.

Le Bureau de l’Arelabor.